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  • Notre avenir? Le télétravail.


    Communicateurs et communicatrices, salut!

    Je m’appelle Matthieu Degenève et je suis Conseiller en ressources humaines agréé (CRHA). On me connaît surtout pour mon blogue L’Œil du Recruteur.

    Il rapproche les employeurs et les chercheurs d’emploi du Québec depuis près de 5 ans.

    Mes collaborateurs et moi allons désormais passer du temps ici, sur le Grenier aux emplois, une organisation qui œuvre, comme la nôtre, à 100% en télétravail!

    C’est le début d’une synergie de contributeurs désirant porter la cause du télétravail au Québec et au Canada.


    La brève histoire du télétravail au Québec


    Le terme « télétravail » nous vient d’un auteur, Alvin Toffler, dans les années 70.

    Au Québec, c’est en 1989 que notre version québécoise de Toffler apparaît à la lueur du jour, Bob Fortier, lance un programme de télétravail volontaire dans la fonction publique.

    Bob n’a peut-être pas commencé dans le bon secteur : il fut confronté à un cuisant échec. Quoique…

    Aujourd’hui, des organismes comme le CEFRIO ou le comité sectoriel de main-d’œuvre TECHNOCompétences poursuivent le boulot de Bob.

    Si bien qu’au Canada, nous sommes déjà considérés comme des leaders en matière de télétravail, surtout parce que 3 sur 4 de nos emplois sont dans le secteur du service et parce que l’exemple de Bob a depuis été pris en considération par les spécialistes de la planète pour établir des politiques sur le télétravail dans leurs entreprises.

    Poursuivons, nous aussi, son travail.


    Statistiques


    Les chiffres sont contestés.

    C’est vrai. Qui inclure dans le groupe des télétravailleurs?

    Par exemple, Statistique Canada estime à environ 6 % la proportion de la population active canadienne considérée comme « télétravailleuse ». Au Québec, selon le Centre francophone d'informatisation des organisations (CEFRIO), il n'y en aurait que 4 %. Pourquoi cette différence? Parce que l'agence fédérale définit comme télétravailleurs tous les salariés qui travaillent occasionnellement ou régulièrement à la maison. Le CEFRIO s'en tient à ceux qui utilisent les technologies de l'information au travail, en dehors du bureau officiel, mais inclut toutefois dans ses données les travailleurs autonomes, contrairement à Statistique Canada. Un véritable imbroglio.

    JobboomLe télétravail dans le monde, phénomène singulier

    Les statistiques ci-dessus datent de la préhistoire (début des années 2000)!

    Mais surtout, on y distingue « télétravail » (qui serait, dit-on, un concept pour les employés) et « travail à domicile » (qui, dit-on, engloberait aussi le travail autonome).

    Voici les chiffres sur le travail à domicile, une mise à jour (!) provenant de Statistiques Canada en 2008 :

    Ainsi, en 2008, 11,2 % des employés effectuaient du travail à domicile, soit une proportion de 1 point de pourcentage supérieur à celle enregistrée en 2004. S'il existe une tendance à la hausse, force est de constater qu'il s'agit d'une progression légère, qui se fait à un rythme modéré.
    (…)
    La légère hausse du travail à domicile chez les employés, combinée à celle plus substantielle chez les travailleurs autonomes, fait en sorte que la part de l'ensemble des travailleurs effectuant du travail à la maison a crû d'environ 2 points de pourcentage entre 2000 et 2008, passant de 17 % à 19 %.

    Bien sûr, la médiane pour les heures en télétravail est faible : environ 8 heures par semaine. Le point médian signifie qu’environ 50% font moins de 8 heures et que 50% font plus de 8 heures.

    Bien sûr, les chiffres du dernier recensement de 2016 nous en diront plus, une fois compilés et analysés.

    Où nous situons-nous, Canadiens, par rapport au reste du groupe?

    En 2011, la part du télétravail dans la population active serait de: 5,5% en Italie, 8,9% en France, 18%, en moyenne, en Europe, 25% au Japon, 28% aux États-Unis, 32,9% en Finlande.

    Source : Gartner via l’article « Le télétravail gagne du terrain », Julie Le Bolzer (2012)

    Voici un autre résumé de la situation produit par Eric Brunelle d’HEC Montréal dans son article « Télétravail et leadership : déterminants des pratiques efficaces de direction » (2010).

    Ses statistiques à lui semblent plus inclusives :

    Des instituts statistiques tels que Statistique Canada, STAT-USA et groupe de consultants tels que Gartner et IDC prévoient que le nombre de télétravailleurs dans le monde, c’est-à-dire de travailleurs qui effectuent les tâches liées à leur emploi à l’extérieur des bureaux traditionnels, tout en y étant connectés électroniquement, passera de 758,6 millions, en 2006, à plus d’un 1,2 milliard, en 2013. Les télétravailleurs représentent actuellement environ le tiers des travailleurs mondiaux. La plus forte proportion de télétravailleurs se trouve aux États-Unis : on parle de 105 millions de personnes, ce qui représente 68% des travailleurs. L’Europe de l’Ouest affiche pour sa part un taux de 47,8% de télétravailleurs. C’est cependant en Asie que se trouve le plus grand nombre de télétravailleurs, soit 479,8 millions de personnes. Finalement, le Japon montre le taux de croissance le plus élevé du nombre de télétravailleurs avec 8,5% d’augmentation par année. En comparaison, le nombre de télétravailleurs a crû de 5% par année aux États-Unis et de 4% au Canada durant les cinq dernières années.

    En effectuant des recherches sur le site du CEFRIO, on y retrouve à peu près que des recherches datant de 2001. Ce qui m’a amené à réfléchir à ma prochaine question? Est-ce que le terme « télétravail » serait simplement en disparition au profit d’un nouveau terme?

    De façon isolée, ces cinq dernières années, la tendance des recherches autour du mot « télétravail » est stable au Canada selon Google Trends :


    La réalité, c’est que le mouvement se frappe à des freins insoupçonnés qui défient les pronostics largement exagérés des années 1970 à 2000, pendant lesquels on prévoyait 50% et plus de la population mondiale en télétravail.


    Les enjeux #1 – Santé / Sécurité / Respect de la vie privée


    Je cite les travaux de recherche de Marjorie Banville, étudiante à la maîtrise en sciences de la gestion des HEC :

    Le télétravail constitue à cet égard un cas de figure particulièrement éloquent : où donc la frontière entre les vies personnelle et professionnelle se situe-t-elle, alors qu’elles se retrouvent confinées à l’intérieur d’un même espace-temps (ANACT, 2011 : 2-5)? La liberté ainsi prétendument gagnée porte en elle-même le germe de la servitude, tel qu’en témoigne la puissante métaphore de la « laisse électronique » (Morin, 2000 : 735). Car la loi, dans son état actuel, parviendrait mal à protéger les travailleurs dont le lieu de travail n’est pas celui de l’entreprise (Chaykowski, 2005 : 23-24).

    Concrètement, cela signifie que nous devrons convaincre des instances comme la CNESST d’emboîter le pas, puis les assureurs.

    D’un point de vue RH, la stratégie du télétravail consiste à établir un cadre légal autour des blessures et maladies survenant dans le cadre du travail. Cela va aussi loin que la prévention des vols dans des pays à risque, enlèvements et autres.

    En RH d’ailleurs, nous voyons apparaître des maladies professionnelles et des absences prolongées causées par un oursin dans l’orteil gauche, une crise d’estomac au Mexique, dépression due à l’éloignement des proches, décalage horaire, etc.

    Au Québec, les principales lois du travail ne contiennent pas de dispositions portant spécifiquement sur le télétravailleur. Ceci ne veut pas dire toutefois que ce nouveau mode de travail ne soulève pas de nombreuses questions juridiques qui n'avaient pas clairement été envisagées par le législateur lors de l'adoption des principales lois encadrant le travail au Québec.

    Me Daniel Leduc, CRIA – « Les enjeux juridiques du télétravail »

    De plus, le concept de respect de la vie privée prendra une place prédominante dans les activités juridiques/RH relatives au télétravail.

    Quant au monde syndical, on va patienter! Ce dernier se frottera à des start-ups toujours de plus en plus agiles. Je prédis que le mode réactif sera privilégié. La compétition internationale est déjà là, mais avant que ça se traduise en processus, politiques, clauses et projets de lois…

    On verra des demandes de concession de la part des employeurs sur des sujets comme la sous-traitance et le salaire. En échange, les employés et les syndicats devront se rabattre sur d’autres formes de compensation. Parmi celles-là, la semaine de 4 jours, le télétravail et la flexibilité d’horaire.

    Oui, on verra aussi des grèves et de l’insatisfaction générale. Mais ça, c’est plus facile comme prédiction!


    Les enjeux #2 - Rémunération des travailleurs étrangers / Sous-traitance / Relations publiques


    Est-ce éthique d’investir pour des travailleurs dans une économie en développement, en offrant le salaire du coin?

    Il y a fort à parier que la situation sera vue d’un mauvais œil de la part des médias.

    Offrir le double du salaire? OK, vous arriverez peut-être à vous en sortir.

    Le triple? Super! Vous avez de l’honneur. Mais votre avantage concurrentiel vient de s’envoler en fumée.

    Les sites d’emploi et entreprises à portée internationale qui font le trafic (!) du travailleur autonome, présentement, ne régulent pas les salaires offerts.

    Le fiasco politique engendré par l’entente Uber au Québec est un bon exemple.

    Le libre-marché assailli ce genre de sites/applications Web. On parle beaucoup d’Uber, mais je nomme également Upwork, Fiverr et tous les autres desquels on ne parle pas assez, ou pas du tout en fait.

    La situation est grave parce qu’alléchante. Les échelles salariales disparaissent. Des gens qualifiés? Partout sur la planète! Comme entrepreneur, que faire? Que faire quand l’immigration ne parait plus aussi nécessaire qu’avant? Je me le demande...

    Et que conseiller aux chercheurs d’emploi? Que conseiller aux gens syndiqués?


    D’autres enjeux, très bientôt, n’importeront PLUS DU TOUT!



    La solitude? Et bien vous savez, le télétravail ne veut plus dire de bosser à la maison.

    Dorénavant, vous prendrez la voiture/l’avion/l’autobus et établirez vous-mêmes qui seront vos collègues, yesss! Vous aurez enfin un compte de dépenses, yessss!

    La partie de plaisir, elle sera bel et bien là!!!!

    Jouer au hockey avec un Tchèque, collaborer avec un Sud-Africain sur une culture faunistique ou essayer de comprendre un Australien qui enseigne sa recette favorite de barramundi sur l’heure du lunch.

    Votre horaire sera enfin À VOUS! L’enrichissement culturel? Encore à vous.

    Plus que jamais, le chercheur d’emploi se confondra à une PME. Dans le jeu de l’offre et de la demande, il demeurera celui qui offre et conséquemment, devra encore et toujours se charger des ventes et du marketing de son produit : lui.

    Il aura l’impression de travailler plus, mais au moins, il fera enfin ce qu’il veut de sa ressource la plus précieuse, son temps.

    Comme Tim Ferriss, vous danserez le tango et gagnerez peut-être même des compétitions de tango!

    L’Internet, les technologies et les communications? Oui! C’est réglé! Ou en voie d’être réglé. Êtes-vous préparé à affronter le monde qui s’en vient?

    L’obstacle n’est pas les technologies comme telles, mais la gestion du changement.

    Le couple et la famille? La conciliation sera enseignée à l’école et l’encadrement fera place à l’autodiscipline et l’auto-responsabilisation par rapport au monde des affaires. Je crois que le retour du cours d’économie obligatoire au secondaire au Québec en 2017 se veut un pas dans cette direction. C’est une excellente nouvelle. C’est ce que l’on attend de notre Ministère. Bravo!

    D’un côté plus sombre, on observe déjà un retard chez certains chercheurs d’emploi. Oui, ceux étant incapables de se vendre commencent déjà à en arracher. À force de patauger dans des concepts de marketing de soi et de systèmes de candidatures plus complexes les uns que les autres, on s’y perd. C’est normal.

    Cela se résume à initier des notions de mercantilisme auprès d’une population historiquement étrangère aux ambitions entrepreneuriales. Quand le travailleur devient une entreprise, la courbe d’apprentissage est, en effet, assez abrupte!

    Cela dit, nous pouvons être fiers du bout de chemin qu’on a fait. On n’a pas fini, mais le plus intéressant, c’est le parcours pour s’y rendre. C’est le présent.

    En ce qui a trait au futur, nous pouvons être rassurés, de grands influenceurs porteront le changement vers un monde des affaires multilingues, comme Mitch Garber, et à des moments précis, ils obtiendront, sans le vouloir, une participation de nous tous dans ce projet qu’est le Québec de demain :


    10 progrès en matière de télétravail


    1. Chaque jour, depuis 15 ans, le mouvement du « digital nomadism / lifestyle business » prend de l’ampleur chez les entrepreneurs et freelancers devenant indépendants en matière de lieux de travail (voir The 4-Hour Work Week de Tim Ferriss).

    2. Des entreprises, comme Buffer par exemple, engagent des gens qui veulent bourdonner d’un pays à l’autre ou simplement travailler à distance.

    3. Au Québec, on connaît Simon de Baene et son entreprise GSoft pour les bonnes raisons, incluant leurs célébrations annuelles de Noël sous le soleil des tropiques! Simon et une poignée d’employés chanceux se sont rendus à Barcelone pour travailler (…et faire la fête, bien sûr!) dans un lieu bien choisi, qu’ils ont surnommé la « GHouse ».

    4. Google, et son projet Loon, parvient désormais à faire voler ses ballons Wi-Fi de façon plus stable en utilisant les vents à 20 000 pieds d’altitude et à signer une entente pour alimenter le Sri Lanka et l’Indonésie. En attendant, Google installe des bornes Wi-Fi en Inde via son projet Station.

    5. Facebook a réussi le premier vol du drone Aquila pendant 96 heures en juillet 2016 parce que Mark Zuckerberk a bien sûr, le même objectif que Google en tête : connecter 4,3 milliards de personnes. Une fois tous ces dispositifs en vol, attendez-vous à une lutte de puissance de signal entre eux. D’un service de base, on passera à la haute-vitesse, puis à la vitesse « Je n’ai plus besoin d’y penser pour 49,99$/mois! »;

    6. Les espaces de travail collaboratif se comptent désormais au nombre de 7 800 sur la planète pour un total de 500 000 usagers, ils vous offrent des endroits calmes, stimulants, où il fait bon travailler.

    7. Nous avons récemment vu apparaître, au Québec, la télémédecine, incluant les prescriptions par ordinateur, les consultations virtuelles et les téléphones intelligents qui réalisent des analyses médicales. Un signe clair que la transformation ne concerne pas que les secteurs du Web, de l’administration ou des TI;

    8. Le Président Obama a signé en 2010 le Telework Enhancement Act of 2010 pour donner l’exemple en télétravail via la fonction publique américaine. Bien que critiqué, car les bénéfices seraient mal mesurés, on note que 27% des 684 000 travailleurs éligibles profitent de plus de trois jours en télétravail par semaine;

    9. La technologie qui sous-tend les Bitcoins, les blockchains, anéantiront prochainement les avantages concurrentiels des banques et institutions financières (sécurisées, régulées, etc.) afin de faire place aux transactions directes en ligne, c’est-à-dire sans aucun intermédiaire (incluant Stripe, Paypal et autres). Attendez-vous à des répercussions dramatiques sur l’ensemble du monde corporatif, incluant la transaction employeur-candidat.

    10. Les environnements virtuels 3D permettent maintenant d’assister à des rendez-vous d’affaires comme si vous étiez dans un film de science-fonction. Depuis plus de 5 ans maintenant, vous pouvez aussi projeter un télégramme de vous dans une véritable salle de rencontre, comme si vous y étiez pour vrai! Ça s’appelle la « télé-présence »!


    Nos prochains articles


    Ainsi, chers amis, je vous annonce que plus de 25% de nos articles sur le Grenier aux emplois porteront sur les avancées du télétravail.

    Pour le reste, on vous promet nos analyses habituelles sur le CV, l’entrevue, LinkedIn et toutes les approches auprès des employeurs « standards », soient ceux qui ne veulent pas (pour l’instant) que vous travailliez à partir de Bali!!!

    Ne vous en faites pas, on s’occupe de les convaincre.

    Le temps est venu de préparer les chercheurs d’emploi et les employeurs du Québec à l’ère de globalisation.

    Les regrets? Il y en aura 0.

    Les doutes? Il va y en avoir un tas, et ça va être fantastique! Vous découvrirez enfin la stabilité d’emploi par l’entremise de l’indépendance professionnelle.


    Voici l'avenir



    La transformation du marché du travail va vous épater. Vous ne serez pas le seul.

    Déjà, dans cinq ans d’ici, vous ne pourrez plus ignorer tous les employeurs qui seront entrés dans le mode télétravail, dont certains à 100%.

    Ce qui s’en vient fait un peu peur (!) quand on pense à l’organisation du travail comme on la connaît et les changements de mentalités que cela implique.

    Un pur bouleversement guette les entreprises. Pour la plupart, elles ne s’en doutent pas.

    Tranquillement, vous verrez celles n’étant pas assez agiles tomber au combat, comme des mouches.

    Si on considère, en plus de tout ça, qu’Elon Musk veut envoyer des gens vivre sur Mars et que les nomades numériques peuvent déjà travailler sur des catamarans, je peux affirmer sans trop me tromper que nous verrons un jour des espaces de coworking sur le Kilimandjaro.

    Et j’espère que L’Œil du Recruteur et le Grenier aux emplois seront impliqués sur le projet!

    Longue vie à ce partenariat et j’envoie mes plus sincères remerciements à Eric Chandonnet, président du Grenier aux nouvelles, pour le chaleureux accueil.

    C’est ensemble que nous pourrons changer le monde et faire du Québec et du Canada des leaders mondiaux en télétravail.

    Chercheurs d’emploi, votre capacité d’adaptation s’apprête à devenir plus sollicitée que jamais. Soyez prêts!

    On s’en reparle, dans un avenir rapproché!