• L’agilité prend l’entreprise moderne d’assaut

    Normalement, une construction débute par la fondation et se termine par le toit. Ce procédé séquentiel, dit en cascade, a par ailleurs pris son essor avec les industries de construction et de manufacture, puis fut extrapolé vers une kyrielle d’industries. À un rythme fulgurant, notamment dans le milieu du développement logiciel, de plus en plus d’organisations abandonnent pourtant la méthode classique, au profit d’une approche plus incrémentale, dite agile.


    La chute libre du cycle en cascade


    Par définition, une cascade est propulsée dans une direction, donnée elle-même par un courant. En développement logiciel, cette approche se traduit par une difficulté des développeurs à naviguer aisément leurs projets. Chaque fois qu’une étape est complétée, impossible de retourner en arrière : le moindre changement de direction est coûteux en temps et en argent, conduisant potentiellement le logiciel à la dérive.

    Éreintés de voir leurs projets tablettés avant que le produit ne soit prêt à être mis en marché, des ingénieurs en informatique québécois, dont François Beauregard, ont décidé de s’y prendre autrement. En 2000, ils adoptent les principes agiles, encore méconnus, et fondent l’entreprise Pyxis Technologies, aujourd’hui chef de file en la matière.

    François Beauregard, fondateur de Pyxis

    Preuve ultime du flair des fondateurs, l’année suivante, dix-sept experts américains rédigent un manifeste compilant pour la première fois les principes de l’agilité en développement logiciel, un concept jugé hautement plus efficace que le cycle en cascade.


    L’agilité définie


    Le terme n’étant pas breveté, il n’existe pas de définition universelle outre son sens littéraire. Selon Steffan Surdek, formateur en agilité chez Pyxis et mordu de développement logiciel depuis près de vingt ans, « le terme "agilité" est souvent galvaudé et on y associe une multitude de techniques qui ne sont pas toujours appliquées adéquatement. C’est plus qu’une méthodologie : il s’agit en fait de développer le savoir-être des gens et de faire évoluer la culture d’entreprise en conséquence ».

    La hiérarchie formelle est complètement déconstruite au profit d’un modèle collaboratif. Chaque projet, réalisé en équipe, est d’abord réduit à sa plus simple expression, puis ses incréments sont classés selon leur niveau de priorité et en fonction de leur valeur, le tout en étroite collaboration avec le client.

    Steffan Surdek, formateur en agilité chez Pyxis

    L’objectif principal du développement agile est de livrer les fonctionnalités ayant le plus de valeur, et ce, le plus vite possible. Si la finalité ultime est la vente d’abonnements en ligne, c’est donc la composante qui sera rendue fonctionnelle en premier, dans sa version élémentaire. D’autres incréments s’ajoutent au fur et à mesure, jusqu’à complétion du logiciel.

    Clef de voûte du développement agile, le feedback du client est sollicité à chaque étape. Cela permet, d’une part, de tester continuellement le projet et, d’autre part, de garantir une unité entre le travail des développeurs et la vision du client. À l’instar du cycle en cascade, la méthode agile accueille positivement le changement et l’anticipe même; il n’est pas perçu comme une contrainte, mais bien comme une réalité incontournable.


    Une approche humaine


    La collaboration — autant entre les collègues qu’avec le client — est la pierre d’assise du développement agile. La culture Pyxis a par ailleurs propulsé la collaboration à un autre niveau : « À ma première de trois entrevues, raconte Marie-Christine Legault, aujourd’hui vice-présidente au développement des affaires et conférencière au sein de l’entreprise, j’ai été interviewée par mes futurs collègues. Tout se fait en équipe, même l’embauche. Au début, c’est déstabilisant! »

    Marie-Christine Legault, vice-présidente au développement des affaires et conférencière chez Pyxis

    Le modèle agile considère l’individu avant son titre. Marie-Christine affirme notamment qu’il existe, au sein de toutes les entreprises, des « leaders en dormance », dont les aptitudes demeurent inexploitées et qui, à terme, « brisent les silos ». Sous le joug du modèle traditionnel d’entreprise, où le leadership est réservé à la tête de proue, le personnel ne déploie pas la totalité de ses compétences. L’approche agile, à l’inverse, mise sur les forces de chaque membre de l’équipe, et ce, pour le succès collectif!


    L’agilité en dehors du développement logiciel


    L’approche agile se répand comme une traînée de poudre parmi les entreprises de développement logiciel. Dans les autres domaines, elle en est encore à ses balbutiements, mais l’engouement progresse à vitesse grand V, au Québec comme ailleurs.

    Pour preuve, en seulement 15 ans d’existence, Pyxis s’est établie sur trois continents et elle offre des formations agiles, adaptées à un nombre croissant de structures, autant au niveau de la haute direction qu’au niveau des équipes. À l’échelle internationale, l’entreprise Lonely Planet a également fait parler d’elle, en 2012, lorsqu’elle a redéfini entièrement – et avec succès – son approche managériale pour adopter les principes agiles. À l’ère de la consommation frivole et hyperconcurrentielle, l’adoption d’une culture du changement est définitivement un monde à découvrir pour l’entreprise moderne.


    Article paru dans le Grenier magazine du 1er février. Pour vous abonner, cliquez ici.