52e Festival international de la publicité de Cannes
Stéphane
Veilleux à Cannes
Mardi 21 juin 2005
Ok.
M'y revoici après cinq longues années. J'ai hâte
de tout voir. Parce que je veux TOUT voir. Les
conférences, les films, les prints, le
Web, le média, le marketing direct... Emmenez-en,
c'est pas d'la crème solaire! Il y a ici une telle
énergie qu'on peut faire le plein pour au moins
un an et quelques prix. Voilà ce que j'ai l'intention
de partager avec vous au cours des prochains jours.
Pour ce qui est des grandes analyses, des réflexions
profondes et des remises en question sur l'industrie
publicitaire au pays, eh ben, on en jasera plus
tard si ca vous branche. Alors maintenant les
enfants, amusons-nous.
Pour
les non-initiés, voici un peu à quoi ça ressemble.
Le Palais du Festival est divisé en plusieurs
salles. Chacune accueille une discipline de notre
fabuleux métier. Pour ce qui est des films (on
appelle les pubs télé comme ça ici), ils sont
projetés en rafale selon leur catégorie (il y
en a 27) dans quatre salles jusqu'à jeudi. Dès
vendredi, on aura droit à27 short lists qui seront
projetés a leur tour.
Mon
plaisir, c'est de visionner toutes les pubs en
rafale. Imaginez: six heures de pubs de chars.
Y a du bon et y a beaucoup de merde. Ça siffle
(en Europe, on ne hue pas, on siffle), ça applaudit,
ça va de surprise en surprise... L'atmosphère
de communion est géniale. C'est aussi l'occasion
de voir comment une pub peut se dissocier des
autres en interprétant un briefing différemment.
Quand ça fait une soixantaine de pubs qui poussent
le même genre de forfait cellulaire de la meme
façon, et que tout à coup, une pub interprète
le forfait d'une manière originale, on se dit:
"Ah ben!? Ça ne gagnera peut-être pas de prix,
mais c'est très intéressant. LÀ, on sent ENFIN
une réflexion!".
Bien
sûr, je ne pourrai pas me taper les 22 101 pièces
inscrites cette année (un record). Je ne pourrai
pas non plus assister à la quarantaine de conférences.
Mais je ferai de mon mieux pour participer aux
partys sur la Croisette.
Sans
plus tarder, voici mes coups de coeurs de lundi:
Je
n'ai pas tout vu l'imprimé. C'est difficile de
tout absorber tant il y a du stock à se pitcher
par terre (j'en ai vu que le tiers jusqu'à maintenant).
Catégorie
tendance:
Pour un centre de conditionnement physique, trois
urnes funéraires avec les cendres du même gars
(dont on devine l'obésite).
Catégorie
Full Dégueux:
ABC Cooking Studio nous dit qu'il est temps
d'aller apprendre à bien cuisiner avec trois pubs
- un chien, un rat et une coquerelle - qui vomissent
tellement la nourriture qu'ils viennent de piquer
est infecte.
Catégorie
"J'aurais aimé y penser":
Une boîte de céréales All Bran ouverte
par le bas. C'est tellement simple. Je me prosterne.
Pour
les pubs d'autos, après 3 heures de visionnement,
je retiens celle de la Smart. A l'écran,
un jeu de Tetris. On comprend que le joueur à
de la difficulté à imbriquer les pièces, jusqu'à
ce que se pointe un tout petit carré qui peut
facilement se faufiler à travers les autres et
se stationner. En passant, la pub de PALM pour
l'obsédante nouvelle Jetta a été l'une
des rares où l'audience a applaudi. Un exploit
ici si vous voulez mon avis.
Je
retourne baver. On se revoit demain.
Stephane
Veilleux
V.-p. Directeur de la creation Bernier Renauld
Communication Marketing
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Stéphane
Veilleux à Cannes
Mercredi 22 juin 2005
"MESSIEURS
! MESDAMES !", crie un homme à un mètre de moi.
Je sursaute comme une dizaine d'autres irréductibles
agglutinés autour des ordinateurs donnant accès
à tous les imprimés et les spots radio. Le mec qui
sonne méchant, c'est un garde de sécurité qui nous
rappelle que le Palais des Festivals est fermé depuis
plus d'une demi-heure. Encore une fois, la journée
s'est passée trop vite. Je vais manquer de temps,
je le sens.
Il
y a tellement à voir ici. Est-ce que je vous l'ai
déjà dit?
J'ai assisté à une conférence intéressante dont
le sujet était "Pourquoi les clients achètent-ils
de la merde, et pourquoi les agences continuent-elles
à la leur vendre?". Juste le sujet donne à réfléchir.
Je vous présente les grandes lignes. Aujourd'hui,
les directeurs marketing changent de compagnie aux
18 mois. Ils sont embauchés pour régler les problèmes
rapidement : en affaires, on juge la performance
selon le dernier trimestre. Ce qui se passe, c'est
qu'au lieu d'être les preachers de leur marque,
les directeurs marketing sont devenus des politiciens
et des policiers. Comme agence, nous avons la responsabilité
de les aider. À moins que le nouveau directeur lance
un pitch parce qu'il faut régler les problèmes
vite. L'agence et le client choisissent alors ce
qu'ils connaissent, ce qui a été éprouvé par le
passé. Et c'est pas toujours bon. À nous maintenant
de décider comment réagir.
Parlant
de pas toujours bon, c'est hallucinant le mauvais
stock qu'on peut voir avant qu'il ne soit trié par
le jury. À 800$ l'inscription, certaines agences
devraient avoir plus de jugement… ou moins
d'argent.
Chronique
mondaine
Si
vous entendez boum-boum quand j'écris, c'est sans
doute mon mal de bloc causé par de solides partys
sur la Croisette. Tout a commencé lundi soir avec
une partie de la délégation québécoise (lg2,
Tam-Tam/TBWA, Marketel, Cossette
et Bernier Renauld) et un souper bien animé
à discuter de toutes les pièces vues depuis deux
jours. Le Young Creative Party suivait
ensuite. Puis, hier soir, le Gala d'ouverture officiel
du Festival, commandité par Corbis. Laissez-moi
sortir mon micro de Flash pour deux minutes.
Tout était à volonté. La bouffe comme la boisson.
Des tables et des tables de manger incroyable, monté
avec style, drette sur le bord de la mer Mé-Mé-Méditerranée
oh-hé oh-hé. Avec les badauds qui nous observaient
depuis le trottoir, le set up cannois nous donnait
l'impression d'être des Hollywood Stars. On fait
de la pub pour qui, donc? Oui, gardons les deux
pieds sur terre. On est privilégiés de faire ce
métier.
Sur
place, tout le monde se mélangeait. J'ai rencontré
des Russes, des Allemands et même un Estonien qui
connaissait les Canadiens de Montréal et
les Nordiques de Québec. C'est Badaboum
qui doit se retourner dans sa tombe.
Rencontre
intéressante : Pierre-Marc Tremblay et Mélanie
St-Jean de Pacini qui font le voyage
sur leur bras pour woère ce qui se fait de bon dans
le monde. Une excellente initiative qui, je l'espère,
fera boule de neige chez les annonceurs au Québec
(si ça vous tente, appelez-les).
Fait
à noter, les moins de 30 ans sont totalement accros
au SMS. Faut les voir stopper une conversation soudainement
pour pitonner sur leur cell en rigolant tout seul
(mais pas vraiment tout seul) et reprendre la conversation
là où elle s'était arrêtée avec leur copains non-virtuels.
Fascinant.
En
passant, je sais qu'il y a des nominations/gagnants
qui sont sortis, mais je n'ai pas l'intention de
les énumérer parce que vous les connaissez probablement
déjà. Simplement un gros bravo à ceux et celles
qui ont passé la rampe. Ça doit être génial de se
sentir comme ça.
Pause
pub - Voici mes coups de cœurs de ce
mardi:
En imprimé, une hache qui n'a pas son manche de
bois. Le titre: Keep Choping (Continuez à couper).
En
télé, la magnifique campagne pour la gomme Altoids
qui montre un aventurier/explorateur/scientifique
en pleine découverte du pays (fictif) d'Altoidia.
Impossible à décrire. Faut voir. Constatation générale
: il y a trop de messages pour des collations (barres
de choco, céréales, etc.) qui ont le même briefing
"tellement bon qu'on ne veut pas partager".
Guerilla
Marketing: de très très très belles découvertes.
Entre autres… Vous savez ces paniers d'épicerie
pour lesquels on doit faire un dépôt, le temps de
faire son marché? Eh bien, l'argent doit être déposé
dans la bouche d'un enfant du tiers-monde. Le titre
: Cet argent pourrait nourrir un enfant pendant
2 jours. On comprend rapidement la portée d'un don,
si petit soit-il.
Je
n'ai pas vu de publicité pour Aspirin, mais
je pourrai sans doute vous en vanter les mérites
dès mon lever demain matin.
Cannes,
c'est inspirant pour plusieurs raisons. C'est comme
si la Terre arrêtait de tourner pendant une semaine.
C'est comme ça. Je vous le souhaite au moins une
fois dans votre vie de publicitaire. À jeudi.
Stephane
Veilleux
V.-p. Directeur de la creation Bernier Renauld
Communication Marketing
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Stéphane
Veilleux à Cannes
Jeudi 23 juin 2005
Hermann
Vaske est un bonhomme assez étrange. Il parcourt
le monde en posant toutes sortes de questions sur
la créativité. Il a rencontré des types comme Bono,
le Dalai Lama, Nelson Mandela, David
Lynch, tout plein de présidents et de créatifs
d'agence, une geisha, un éditeur de magazine porno…
Nommez-les, il les connaît. Herman Vaske
lançait hier un coffret de trois DVD qu'il réalise
depuis sept ans sur le sujet "Separating People
from their Money", soit Départir les gens de
leur argent. L'objectif de sa conférence est
de nous convaincre: on prend tellement de fric dans
les poches des consommateurs qu'on doit leur rendre
avec de la bonne créativité. Pas besoin de vous
dire que son auditoire a été facile à convaincre.
On a eu droit à un long montage de son coffret,
et les entrevues sont à la fois déroutantes et inspirantes.
Si vous voulez en savoir plus ou si vous voulez
acheter son DVD, consultez son site whyareyoucreative.com.
J'ai aucune commission, mais je suis ouvert aux
contributions volontaires.
À
l'inverse, la toute première conférence (et sûrement
la dernière avant un boutte si vous voulez mon avis)
de l'agence JWT était totalement désorganisée.
En plus de subir 15 minutes de retard, on n'a rien
appris de neuf sur l'art de mettre LA bonne musique
sur des images. Un sujet brillant qui promettait
beaucoup. La moitié de la salle s'est vidée dans
la première demi-heure, et ç'aurait été pire sans
le duo de musiciens humoristes de la Nouvelle-Zélande
qui faisait le pont entre les intervenants (Flight
of the Concords, très drôle). Pour donner
une conférence à Cannes, on ne doit pas seulement
être big, on doit être prêt.
Oui,
chu fru. Il y a tellement de choses à voir que je
ne veux pas perdre une minute de mon temps (j'pense
que vous commencez à le savoir). Et je ne suis pas
le seul. Lynda Zuliani (Loto-Québec)
me disait la même chose de la conférence de Leo
Burnett portant sur les Métrosexuels vs Rétrosexuels.
Si on prend le temps de venir s'asseoir…
On
casse la routine
Plutôt que de vous envoyer en vrac mes coups de
cœur du jour, je vais vous traduire un extrait
du DVD d'Hermann. Il s'agit d'une fable jouée
par le (sublime) comédien Dennis Hopper,
déguisé en un Indien sage (Indien comme de l'Inde,
pas comme le maïs). Comme j'ai vu l'extrait une
seule fois, ce n'est pas une traduction fidèle,
mais l'essentiel y est.
Un
jour, le Vent, très prétentieux, s'adressa au Soleil
:
- Moi, le Vent, je suis fort, je suis grand! Je
suis si puissant que je peux déclencher des tempêtes
incroyables! Mais pas toi, Soleil. Tu es faible.
Le
Soleil l'observait, intrigué.
- Tu vois l'homme qui marche là-bas?, souffla le
Vent.
-Oui,
je le vois, répondit le Soleil.
- Eh bien, je te paris que je suis capable de le
départir de son manteau!, poussa le vent.
L'interrogation
dans le regard du Soleil ne fit que gonfler la confiance
du Vent.
-
Regarde bien, poursuivit le Vent. Et le Vent souffla…
-
FFFfffff…!
L'homme eut un frisson. Il posa ses mains sur le
devant de son manteau et poursuivit son chemin.
Et le Vent souffla plus fort…
-
FFFFFFFFfffff…!
L'homme resserra son manteau contre lui et en remonta
le col. Et le Vent souffla encore plus fort…
-
FFFFFFFFFFFfffff…!
Rien n'y fit. L'homme portait toujours son manteau.
-
Mais que se passe-t-il? fit le Vent. Mon souffle
et ma colère ne peuvent départir cet homme de son
manteau!
Le Soleil le regarda calmement.
- Laisse-moi essayer.
Le
Soleil regarda l'homme et sourit. Ce dernier abaissa
alors le col de son manteau. Le Soleil sourit encore
plus. L'homme ouvrit son manteau. Finalement, le
Soleil sourit de tous ses rayons! À ce moment, l'homme
retira son manteau, puis sa veste. Il dénoua même
sa cravate et se mit à danser tant il faisait beau!
Comme
toute fable, il y a une morale à cette histoire.
Si vous souriez, vous pouvez départir n'importe
quel imbécile de son argent. Separating People
from their Money.
Allez
pas raconter ça à vos enfants avant de dormir. Ils
pourraient se mettre à vous sourire encore plus.
Stephane
Veilleux
V.-p. Directeur de la creation Bernier Renauld
Communication Marketing
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Stéphane
Veilleux à Cannes
Vendredi 24 juin 2005
Ça
y est. Nous avons tous atteint un point de non-retour.
En ce jeudi soir, les membres de la délégation canadienne
sont prêts à tout. Si vous travaillez avec l’un
d’eux, votre vie sera un calvaire dès leur
retour au pays. Pourquoi? Parce que nous sommes
tous pompés à l’adrénaline de Cannes. Si vous
êtes membre du service à la clientèle et qu’un
de vos créatifs était ici, préparez-vous aux pires
crises. Si vous êtes l’agence d’un client
qui était au Festival (hourra!), préparez-vous à
vous faire refuser des concepts aller-retour. Oui!
Nous sommes tous des génies qui possédons la vérité.
Be afraid. Be very afraid. Votre existence ne sera
qu’un enfer brûlant. Ha-ha-ha-haaaaa!!!!
Mais
dans six mois, tout’ va être ben correct.
Fait
qu’arrête de capoter, man.
C’est
chaque fois la même chose. On revient full crinqués
de la Mecque des publicitaires avec des tas de projets
plein la tête. J’ai jasé longtemps avec Luc
Perrault (Allard Johnson),
et on s’entraidait à bâtir des plans machiavéliques
pour que nos pubs ne soient pas que bonnes, mais
bien excellentes. On s’échangeait des trucs
pour que le service à la clientèle y croit et nous
aide à le vendre à l’annonceur, monsieur/madame
Rendement (voir
mon article de mardi). Mais ça ne durera pas.
Ça ne dure jamais. Au bout d’un certain temps,
on reprend nos vieilles habitudes. Si l’annonceur
veut une campagne pour lundi, on s’arrangera
pour qu’il l’ait lundi, même si on avait
besoin d’une semaine de plus pour la rendre
excellente. Et on doit le faire parce qu’il
y aura toujours une autre agence qui acceptera de
le faire plus rapidement et à moindre coûts. Et
comme mon article de mardi le décrit bien, ce n’est
pas nécessairement la faute de l’annonceur.
Faut que ça roule.
J’aime
beaucoup cette sensation des premiers six mois après
Cannes. On flye. Ça bouge, ça cogite, ça discute.
Ça pousse plus loin. Qu’est-ce qu’on
devrait faire pour que ça dure plus longtemps? Pour
l’instant, je m’en fous pas mal. J’aimerais
juste que tout le monde embarque pendant six mois.
C’est tout. Imaginez toutes les excellentes
pubs qu’on pourrait sortir d’ici Noël.
Pas pire, hein? On sait pas, ça nous donnerait peut-être
le goût de continuer…
C’est
la fin
Demain matin (vendredi) débutera la projection du
short list de toutes les catégories en film publicitaire,
les spots TV. C’est traditionnellement la
journée la plus excitante du Festival. On retrouve
ce qu’il y a de meilleur. Pour ce qui est
des autres disciplines (imprimé, marketing direct,
média, etc.), vous avez probablement vu les grands
gagnants en vous promenant sur le Web. Je considère
donc mon travail de correspondant terminé. D’autant
plus que cet article paraîtra en plein 24 juin,
et qu’une grande partie du lectorat du Grenier
doit être en train de fêter. À moins qu’elle
ne passe la tondeuse ou ne repeigne le deck de la
piscine. Entéka, il ne doit pas avoir grand monde
planté devant son ordinateur en train de me lire!
(Merci d’être là).
En
conclusion, il faut vivre Cannes. Pas chaque année,
mais aux deux ou trois ans. Non seulement ça recharge
les batteries, ça fait aussi réfléchir – un
petit luxe qu’on n’a plus le temps de
s’offrir. Soyons grands devant les consommateurs.
Soyons excellents devant le reste du monde.
Bon
six mois!
Stephane
Veilleux
V.-p. Directeur de la creation Bernier Renauld
Communication Marketing
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