• Peut-on « exploiter » la mort pour une campagne sociétale ou humanitaire?

    Comme plusieurs d’entre vous, j’ai été choqué par cette image d’un enfant mort, échoué sur une plage en Turquie. Cette photo du jeune Aylan Kurdi a fait la « une » de nombreux médias à travers le monde. J’ai personnellement réagi, tout en écoutant la chronique publicité avec Arnaud Granata et Stéphane Mailhiot à l’émission Médium large à Radio-Canada. Comme il y a une quinzaine d’années, alors que j’avais réalisé la campagne De Héros à Zéro pour la Société de l’assurance automobile du Québec, j’ai pensé que d’utiliser une image morbide pouvait faire réagir.

    Le 14 avril 2000, j’avais été frappé par le clip de la mort en direct de Mathieu Perron, à Dosquet, sur la Rive-Sud de Québec. Deux amis avaient saisi sur vidéo Mathieu conduisant à plus de 200 km à l’heure sur une route de campagne, sautant sur un viaduc et atterrissant dans le champs, renversé… on ne voit pas le corps, mais Mathieu ne répond pas à l’appel de ses amis. J’avais demandé à Jean-Christophe Boies et à son groupe Projet Orange de créer la chanson De Héros à Zéro. Un clip qui, diffusé à MusiquePlus, touchait directement le public cible des jeunes de 16 à 24 ans. C’est devenu le plus grand succès du groupe et l’un des « Top Ten » de l’année 2000.

    La première idée qui m’est venue à l’esprit en voyant la photo de cet enfant noyé, face contre terre, c’est de l’utiliser pour faire réagir les gens d’ici qui semblent très peu intéressés par la situation des réfugiés, qu’ils proviennent de Syrie ou d’autres pays défavorisés. Cela m’a été confirmé par Anne Sainte-Marie, d’Amnistie internationale, section francophone de Montréal, qui m’écrit même que
    « notre campagne Réfugiés: ce n'est pas un choix se heurte à un mur de préjugés et que très peu de signatures ont été récoltées sur la pétition http://www.amnistie.ca/site/refugies/ ».

    J’ai alors pensé au panneau routier, ATTENTION À NOS ENFANTS, C’EST PEUT-ÊTRE LE VÔTRE qu’on trouve souvent à l’entrée de nos villages ou à proximité des zones scolaires en milieu urbain. J’avoue que je n’aime vraiment pas la deuxième partie de ce message… ça me dérange sur le plan grammatical ce passage du « NOS » au « VÔTRE », mais là n’est pas le sujet de cette chronique. En fait, le message que je veux communiquer, c’est que TOUS LES ENFANTS sont nôtres et que tous les réfugiés font partie de l’humanité. Le Canada a d’ailleurs promis d’accueillir 10 000 réfugiés syriens en janvier dernier, mais il semble qu’on se soit traîné les pieds depuis. Alors je ne fais ni un ni deux et je réalise ce montage que je distribue largement sur les réseaux sociaux. Il me semble que ce sujet est plus important que des clips de chats qui font des culbutes… et qu’il faut réagir. Ma réponse est donc Oui, on peut exploiter la mort, comme l’avaient dit monsieur et madame Perron, les parents de Mathieu à qui nous avions demandé d’utiliser les images des dernières minutes de vie de leur fils, si ça peut sauver d’autres vies!

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    Causes? Toujours!
    Richard Leclerc
    Concepteur-réalisateur Publici-Terre