• Good trad, bad trad

    Dans le cadre du Mois de la francophonie, TP1 présentera une série de quatre textes sur le français. Le thème de cette semaine : les termes traduits.

    « Cleaning eraser / Effaceur de nettoyage. » « Keep cool and dry / Restez calme et sec. »
    Aujourd’hui, on parle traduction. Pont qui relie les langues, les cultures et même les époques, la traduction habille les idées de mots depuis 30 siècles. Elle nous a raconté l’histoire du Monde et a éliminé les frontières de la communication. C’est pas rien, ça. Capables du meilleur comme du pire, les traducteurs ont dans leurs mains le sort du message. Observons trois cas et voyons s’il passe, le message.

    Jeune pousse

    Laisser germer une idée. Récolter le succès. Croître. Fructifier. L’entrepreneur et le jardinier parlent le même langage. C’est aux acceptions figurées des termes propres aux travaux de la terre qu’on doit cette traduction de startup. L’Office québécois de la langue française (OQLF) l’explique ainsi : « Entreprise innovante et dynamique lancée depuis peu et qui est promise à une croissance rapide. »

    Croissance rapide, voilà d’où ça vient. Mais le hic, c’est à l’oral : « Pis, Max, ta jeune pousse, comment ça se passe? » Y’a un truc qui cloche. La prédisposition d’une traduction à s’intégrer facilement à la langue parlée est gage de sa réussite. Disons simplement que dans le combat opposant startup à jeune pousse, je parierais plus sur le premier.

    Perche d’autoportrait

    Tu l’as bien sûr deviné, voici le cousin francophone du selfie stick. Bien qu’esthétiquement discutable, comme l’objet qu’elle décrit, on comprend d’emblée le sens de cette traduction. Les traducteurs ne l’ont pas eu facile, faut se le dire. Manche, bâton, crosse : les plus beaux mots de la langue française ne se cachent pas dans les synonymes de perche. Somme toute, cette traduction est réussie. Reste quand même une nuance à exprimer. Égoportrait ou autoportrait? Le premier souligne le caractère narcissique du selfie, qui est le propre de ce phénomène. Mais pour la vente d’un accessoire, le second est peut-être préférable.

    Toile d’araignée mondiale

    Excellente prémisse de film d’horreur; étrange traduction de World Wide Web. Même si le Web est à l’humain ce que la toile d’araignée est à la mouche. Pour nous fournir la définition, encore, mon pote l’OQLF : « Dans l'Internet, système, réparti géographiquement et structurellement, de publication et de consultation de documents faisant appel aux techniques de l’hypertexte. » Aujourd’hui, l’appellation se fait aussi rare que les gens qui écrivent le triple w devant l’URL.
    Coïncidence?

    Adios

    Ce texte marque la fin de la série. On a eu du fun, mais là, je retourne à mes accroches. Si t’as cinq minutes à perdre, je t’invite à consulter le texte dans lequel j’ai puisé les deux petites perles du début. Car entre « Good for polishing » et « Bon pour le Polonais », se trouvent à la fois un petit fossé lexical et un profond abîme sémantique.

    Allez, au plaisir.

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    Gabriel Allaire, concepteur-rédacteur chez TP1